• Guillaume Ricard

"Est-ce que tu es bon?"

Updated: Dec 5, 2018

J’adore rencontrer des gens qui sont tout aussi passionnés que moi pour le tatouage. Je pourrais discuter de ça pendant des heures jusqu’à ce que mort s’en suive et j’aurais encore des choses à dire. Le problème, c’est quand les gens n’ont pas autant de choses à dire en retour, et que pour continuer à animer la conversation, ils se rabattent sur des questions souvent niaiseusesMais bon, comme les profs de primaire disent à leurs petits monstres avides de bourrage de crâne, il n’y a pas de question niaiseuses. Juste des individus.


 Alors cette semaine j’ai croisé un individu qui disait s’intéresser au tatouage. Il apprend inévitablement que je suis apprentis tatoueur, et sans perdre une seconde, il me pose la question stupide qui tue, une question qui à chaque fois me glace le sang et me paralyse de l’intérieur:

-Est-ce que t’es bon?


C’est drôle, mais quand on me demande ça, sans même savoir pourquoi, je pogne l’air bête et refuse presque catégoriquement de formuler la réponse attendue. En vrai, je me rend compte que cette question là, on me la pose relativement souvent et elle ne veut pas dire grand chose. Ce qui me vient en tête quand on me demande si je suis bon, c’est comment est-ce que je suis sensé répondre à cette question-là? Ça semble infiniment simple à priori, mais c’est hyper complexe! Est-ce qu’on s’attend vraiment à ce que je réponde “oui” ou “non” à une question aussi débile? Alors je réponds: “J’me débrouille” et espère qu’on me foute la paix. Mais évidemment, comme c’est insuffisant pour mon interlocuteur, il se doit de rajouter quelque chose comme “Allez sois pas timide! Aie un peu confiance en toi!”.


#1 En quoi le fait d’avoir confiance en moi affecte le fait d’être bon?? Logiquement, que je sois bon ou pas, t’a aucune façon de savoir si je sais de quoi je parle justement parce que si je suis un incompétent avec un niveau de confiance dans le tapis, fortes sont les chances que j’ignore tout du fait que je suis nul. Non?


#2, Être bon, c’est pas concret, mais pas concret du tout. Comparé à un junkie qui pique ses amis avec une machine ramanchée d’un moteur de walkman, d’un embout de stylo et d’une corde de guitare, oui, je suis fucking bon. Mais comparé à un artiste avec dix mille heures d’expérience acquises sur une dizaine d’année, j’aurais besoin d’une bonne dose d’arrogance pour même penser que je suis bon.


#3 Si une personne me demande si je suis bon, c’est qu’elle a probablement aucune maudite idée des critères qui font qu’un tatoueur est bon ou pas. Un tatoueur pourrait être apte à faire des portraits photo-réalistes sans pour autant être capable de faire des lignes acceptables. Il pourrait faire du shading comme un dieu et avoir un colorpacking de merde. Autrement dit le tatouage c’est pas une discipline linéaire, le fait d’exceller dans un champ d’action particulier ne guarantit en rien la qualité dans le reste des aspects du travail.


 En gros, demander à un artiste si il est bon, c’est comme demander à un scientifique si la science est avancée. C’est de poser une question terriblement vague et s’attendre à une réponse excessivement simpliste. Comment veux-tu répondre à ça mis à part avec une réponse méga plate comme “c’est relatif”?? Quand les gens demandent ça, est-ce qu’ils ont une échelle de valeur en tête en pensant que je possède la même? (Ouais je suis “bon” mais pas encore “s’a coche”, juste au dessus de “potable” pi “pas pire pentoute”, mais encore en dessous de "crissement pas pire"). 


Donc le jour où je dirai être bon, c’est parce que je vais être rendu big shot en maudit. 

 
  • Facebook
  • Instagram

©2018 by Guillaume Ricard Tattoo. Proudly created with Wix.com