• Guillaume Ricard

Pourquoi la génération Y trippe autant sur les tatouages

Updated: Dec 2, 2018



Après avoir vécu un gain de popularité dans les années cinquante, le tatouage connait présentement son plus grand boom à ce jour depuis genre, EVER. Et pour la première fois dans l'histoire de notre société, être tatoué n'est pas un synonyme d'être marin, motard, soldat, gangster, prisonnier ou de whatever qui requiert d'être soit vraiment badass, soit complètement fêlé. Tellement de gens ont des tatouages que c'est rendu complètement normal, et ce peu importe l'âge. La génération Y est la plus fortement influencée par cette culture, et c'est cette génération qui amène graduellement la notion qu'il peut être parfaitement normal d'être un banquier, un médecin ou encore un professeur avec une manche complète. Et pourquoi ça? Parce qu'un nombre ridicule de jeunes adultes de la génération Y en ont, et comme les baby-boomers sont tous en train de prendre leur retraite et qu'il n'y a pas assez de relève pour tous les remplacer, l'industrie n'a pas le choix de s'adapter. Yep, on les tiens par les couilles.


Et parmi ces gens qui n'ont maintenant pas le choix de s'adapter, beaucoup ont prédit il y a dix ans que la "mode" du tatouage se terminerait plus vite que la carrière d'actrice de Sasha Grey. Mais le hic, c'est que le tatouage, c'est pas une mode, mais bien un médium, à même titre que la peinture et la sculpture; les modes traversent les médiums, mais les médiums, eux, sont pratiquement éternels. Dire que le tatouage est une mode, c'est un peu comme pointer des pantalons pattes d'éléphant des années 70 du doigt et dire "les pantalons, ça dureras pas!". Autrement dit, les tribaux, les manches en fleurs, les tramp stamps de papillons, les têtes de morts, les citations et tous les autres tatouages, on peut dire avec certitude que c'est juste des modes. Mais le tatouage en général? No. Fucking. Way.


Et le tatouage est tellement encré (haha, jeu de mot) dans notre génération que même s'il était destiné à éventuellement disparaître, il va quand-même durer aussi longtemps que la génération qui le porte. Et là je parle de notre génération comme porte-étendard du tatouage, mais la grosse question à laquelle je veux répondre, c'est pourquoi nous? Pourquoi pas les baby boomers, ou nos grand-parents?


La réponse: la postmodernité.




Générations X-Y-Z, enfants de la postmodernité


Commençons par le commencement. En gros, depuis plusieurs générations, à cause d'un système d'éducation de plus en plus fort, la prévalence du dogme et de la religion s'estompe peu à peu de la société (corrélation entre hausse d'éducation et baisse de religion? Bizzarre!), prévalence qui donnait jadis au peuple un très fort sentiment d'appartenance. On oublie facilement que nos grands-parents, de la génération silencieuse, ont été élevés par des religieux, et que quand nos profs nous envoyaient regarder le mur, leurs profs à eux les tabaissaient à grand coup de règle. Puis une fois adultes, ils allaient à l'église toutes les semaines, tentaient tant bien que mal de subvenir aux besoins de leur famille, et servaient de chair à canon dans deux guerres contre l'Allemagne. Puis, juste après la deuxième guerre mondiale, les baby-boomers sont arrivés. Explosion massive de l'industrie. Explosion massive des heures de travail, des salaires, du niveau de vie et de l'éducation. Un petit peu moins religieux, un petit peu moins écrasés par la vie. Un job à soixante heures semaine pour tout le monde et fucking pas le temps de s'ennuyer.


Puis, les générations X et Y arrivent. Automatisation rapide de l'industrie, réduction des heures de travail, du besoin de main d'oeuvre et de la stabilité d'emplois, et baisse colossale de la pratique religieuse. Adieu l'institution pour nous dire quoi faire et nous rassembler, et adieu aux heures de travail à n'en plus finir pour occuper notre temps et notre esprit. L'époque postmoderne nous plonge dans un véritable trou noir identitaire, mais aussi dans la situation parfaite pour commencer à penser à notre nombril. Les gens se libèrent. L'individualisme prend forme. Au lieu de se faire dicter ce qui est bon pour eux par la tradition et la religion, de plus en plus gens recherchent leurs propres valeurs morales et refusent d'accepter celles des autres. Au lieu de passer leur vie au travail, les gens sont en quête de liberté. Dans toute sa gloire, l'ère postmodèrne fragmente l'individu, l'identidé se fragilise, et le bris du sentiment d'appartenance à la masse est soudainement compensé par un besoin de s'exprimer dans son individualité. Les silencieux avaient la tradition, les boomers avaient l'ambition, et nous, nous avons les pieds dans le vide et beaucoup, beaucoup trop de temps entre nos mains.


Unique, mais unique en gang


Notre génération a donc un besoin hyper fort d'exprimer sa différence et son individualité, et par le fait-même manque cruellement de sentiment d'appartenance à quoi que ce soit. On veut êtres uniques, mais on a quand même le besoin impératif de faire partie d'une gang. C'est pour ça qu'on s'accroche déséspérément à tout ce qui nous permet d'avoir les deux: les sports télévisés, la mode, la musique, la télé-réalité, et vous l'aurez devinés, le tatouage. On exprime qu'on est unique, mais on fait quand-même partie d'un mouvement.


C'est pour cette raison, selon moi, que le tatouage est aussi populaire chez les membres de notre génération. C'est la façon ultime de dire "j'y ai ben pensé, pi voilà ma vision de qui je suis" en permanence, que ce soit pour constamment se le rappeler à sois-même ou le hurler silencieusement à tout le reste de l'univers. Pour la première fois depuis longtemps, on a le luxe de pouvoir s'identifier comme étant uniques, d'exprimer en détail en quoi chacun de nous est légèrement différent des autres, et malgré tout de pouvoir dire que d'une certaine façon, on est tous pareils. J'sais pas pour vous mais moi j'trouve ça assez cool merci.

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