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  • Guillaume Ricard

Un truc étrange pour arrêter de procrastiner

Updated: Dec 1, 2018

Si vous avez déjà eu des projets comme vous démarrer une entreprise, apprendre à jouer de la guitare ou encore aller au gym pour vous remettre en forme, vous savez probablement déjà que la motivation, c'est quelque chose de fucking fragile. Une journée, on se pense maître de notre univers, capable d'atteindre tous les objectifs qu'on se fixe, et la journée d'après, netflix, facebook et youtube nous ramènent à la dure réalité que dans la vie, c'est pas parce qu'on a un plan qu'on va nécéssairement le suivre!



Dans mon cas, ce genre de comportement a retardé ma carrière d'environ deux ans, et ce sans même que je m'en rende compte. Tout ce que ça prend pour faire une maudite grosse différence au final, c'est juste une coupe d'heures par semaine. Sauf que la coupe d'heures repousse les petites étapes d'une coupe de jours par mois, qui à leur tour repoussent les grosses étapes d'une coupe de mois par année, qui après une coupe d'années repoussent le projet au complet sur deux années entières. Sans même qu'on s'en rende fucking compte.


On le sait tous, la procrastination est le pire ennemi de la productivité. Mais la procrastination, ça vient d'où?


La résistance, source de la procrastination


Ce qui cause la procrastination, c'est ce qu'on appelle la résistance. C'est cette petite voix dans notre tête qui, à chaque fois qu'on a quelque chose de vraiment important à faire, essaie de nous convaincre que ça pourrait tout aussi bien être fait demain, ou encore qui nous dit que de skipper juste une toute petite session de son entraînement, c'est insuffisant pour affecter nos résultats. Sauf qu'au moment de skipper la dite session, la petite voix oublie de nous rappeler qu'elle a utilisé le même argument la semaine dernière, et qu'elle va aussi l'utiliser la semaine prochaine.


Apparemment, cette résistance, qui se sert d'une bonne dose de rationalisation pour arriver à ses fins, est le restant d'un mécanisme évolutionnaire de défense inconscient de notre cerveau qui fait normalement en sorte qu'on conserve notre énergie afin de ne l'utiliser qu'en cas d'extrême urgence. En gros, quand on étais des hommes des cavernes, perdre son énergie à faire quoi que ce soit d'autre que chasser le mammouth, faire des bébés et s'enfuir des tigre à dents de sabre, ça comportait un risque pour la survie de l'espèce. C'est pourquoi le cerveau humain s'est graduellement doté d'un programme d'économie d'énergie. Donc quand on avait besoin de dépenser de l'énergie - mentale ou physique - le cerveau se demandait: "Est-ce que ça vaut VRAIMENT la peine de faire ça? Ya quand-même des tigres à dents de sabres qui rôdent autour, tsé", et essayait par la suite de nous convaincre d'économiser notre énergie pour plus tard.


Les scientifiques appellent ce système le fight-or-flight response, qui se traduit par "combattre-ou-fuir", et qui influence en partie nos décisions en rapport au danger, la nourriture, le sexe, les tâches demandant de l'effort physique ou mental, bref pas mal n'importe quoi.


Mais le problème avec ce mécanisme, c'est qu'aujourd'hui, on en a plus besoin, mais il est encore là, et il se déclenche pas mal plus souvent que prévu! C'est aussi la raison pourquoi on aime autant manger du sel, du gras et du sucre, même si ces éléments peuvent grandement réduire notre durée de vie: une partie de notre cerveau nous croit encore littéralement à l'âge de pierre, au moment où la bouffe riche en sel, gras et sucre était tellement fucking rare qu'il fallait à tout prix se garrocher dessus à chaque fois qu'on en trouvait.


Dans le livre the willpower instinct, l'auteure et psychologue Kelly McGonigal explique le phénomène en disant que le cerveau n'évolue pas en se modifiant, mais bien en rajoutant des pièces au casse-tête:

"Evolution prefers to add on what it's created, rather than start from scratch. So as humans required new skills, our primitive brain was not replaced with some completely new model – the system of self-control was slapped on top of the old system of urges and instincts. That means that for any insticnt that once served us well, evolution has kept it around."


La peur de l'échec, source de la résistance


L'esprit humain est conçu pour nous assurer une certaine stabilité émotionnelle. Une des façons qu'il a trouvé d'offrir cette stabilité est en tentant désespérément de préserver notre égo, et ce par tous les moyens possibles. En d'autres mots, le cerveau redoute chaque action qui a le potentiel d'affecter notre égo, c'est-à-dire de changer la façon dont on se perçoit.


Donc à chaque fois que je m'installe pour travailler, y'a une petite partie de mon cerveau qui me dit "Dude! Le tigre, garde ton énergie pour le tigre!", et à chaque fois que je me met sur un nouveau dessin d'un tattoo badass de feu, la même petite partie de cerveau me dit que si je ne le faisais juste pas, je n'aurais aucune chance de commettre une erreur, d'avoir plus de travail à accomplir, ou encore de changer la perception que j'ai de moi-même. Autrement dit, ce qui cause la procrastination, c'est la peur de l'échec.


Donc pour l'ego, le but de procrastiner, c'est de faire inconsciemment en sorte que nos projets n'atteignent jamais le point ou l'échec devient possible. Vous savez probablement de quoi je parle si vous êtes du genre à commencer plein de projets sans vraiment les terminer. Parce qu'un projet non-terminé, ça se ressent pas un échec. Comment ça peut être une échec alors que c'est juste remis à plus tard, right?


Si par exemple quelqu'un veut devenir une rockstar, il va intégrer dans sa personnalité qu'il est bon en musique. En se voyant comme une rockstar à en devenir, il va se créer tout un set de rêves et d'attentes face à l'avenir, et il va adopter une attitude et une personnalité qui reflète ces attentes-là. Si il tente sa chance et qu'il se rend compte qu'il est incapable d'accomplir son rêve, il va passer de futur rockstar... à pas rockstar pentoute. Mais s'il remet ses projets à plus tard, se disant qu'il a besoin de meilleurs instruments, de plus de pratique ou d'un meilleur band avant de se lancer, soudainement il peut garder sa vision intacte, sans jamais n'avoir besoin de faire face à la dure réalité.


Mais tout comme la plupart des gens qui entendent cette théorie, la première fois qu'on m'a dit que j'avançais trop lentement dans mes projets parce que j'avais peur, j'ai instinctivement répondu "meuh, j'ai pas peur de l'échec, what the fuck". Et c'est précisément là que ce trouve le piège: c'est pas parce qu'on a peur de quelque chose qu'on en est conscient.


La peur inconsciente


Le plus gros problème avec le phénomène, c'est justement à quel point c'est difficile de se rendre compte de son existence. L'être humain est hyper fort pour rationaliser des excuses. On a une bonne idée, on se start une business, et immédiatement on se créé toute une gymnastique mentale pour se convaincre que c'est une meilleure idée d'attendre avant de vraiment se lancer. C'est pas le bon temps, j'suis pas encore prêt, il faut que j'achète d'autre équipement, il faut que je me fasse plus de contacts, la liste d'excuses qu'on peut se donner n'a pas de fin.


Notre peur de l'échec se cache, se déguise en parresse. Elle fait tout pour ne pas qu'on sente sa présence, qu'on pense que tout va comme sur des roullettes et qu'on évite de faire la pire chose au monde selon notre ego: la remise en question. Pourtant, c'est cette remise en question, suivie d'une bonne dose d'introspection qui nous permet d'avancer.


"Resistance is fear. But resistance is too cunning to show itself naked in this form. But why? Because if resistance lets us see clearly that our own fear is preventing us from doing our work, we may feel shame at this. And shame may drive us to act in the face of fear." -Steven Pressfield

Ça prend pas grand chose pour avoir inconsciemment peur de quelque chose. Quand on est jeune, on a souvent de la difficulté à choisir une carrière par peur d'être incapable de devenir indépendant. Plus tard, on peut avoir peur de ne pas performer dans un nouveau job. Dans mon cas, j'ai réalisé que c'était tout plein d'affaires; peur de scrapper un tatouage, peur de finir ma vie sur le BS en tatouant d'autres BS en dessous de la table une fois par mois, peur de jamais être capable de relever le défi.


Accepter sa peur

C'est bien beau tout ça, mais comment on se sert de ça pour combattre la procrastination? C'est simple: en prennant conscience de sa peur. Quand on accepte qu'on a peur de l'échec, on coupe instantanément notre capacité à rationaliser cetter peur, à se faire croire qu'on a vraiment une bonne raison pour remettre le travail à demain. La peur de l'échec est toujours présente et le cerveau veut toujours qu'on procrastine, mais il est soudainement incapable de nous convaincre qu'on aurais raison de le faire, parce que la vrai raison qui nous pousse à procrastiner, on en est maintenant pleinement conscient.


Et paradoxalement, la seule façon de vraiment se débarasser de nos insécurités, c'est d'accepter qu'elles seront presque toujours là. Se rendre compte que si on arrête de consciemment les repousser, on fini par s'assoir sur ses lauriers et on les laisse revenir en douce. Mais quand on accepte sa peur, on s'en sert pour aller de l'avant. Quelqu'un qui a peur de retomber accro au mcdo a plus de chance de réussir sa résolution d'arrêter que quelqu'un qui est convaincu qu'il en mangera plus jamais.


Pi en vrai, c'est bien d'avoir peur. Ça montre juste qu'on accorde de l'importance à ce qu'on traverse. V'là quatre ans quand je me demandais si c'était une bonne idée de tout abandonner et d'investir tout mon fric pour apprendre le tatouage par moi-même, j'étais terrifié. Mais en même temps j'me sentais tellement fucking vivant.


Alors quand j'ai plein de rendez-vous à prendre et que ça me tente moyen de prendre le temps de les schéduler, ou que j'ai plein de dessins à faire et que je trouve pas le temps de m'y mettre, je prends la peine de m'arrêter pour me demander "coudonc, de quoi t'as peur?", pour ensuite m'avouer à moi-même que j'ai peut-être un peu la trouille.

Puis je me mets au travail.

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