• Guillaume Ricard

Pourquoi les tatouages sont addictifs

Updated: Nov 15, 2018



C'est surprenant à quel point après avoir commencé à se faire tatouer, même si on pensait au départ n'en vouloir qu'un seul, on a presque toujours envie d'en avoir d'autre. Personellement, j'ai eu mon premier à l'âge de dix-huit ans, et j'étais convaincu que ça s'arrêterait là. Inutile de dire que j'était dans le champ solide. J'ai rapidement constaté malgré moi que les tatouages, c'est addictif (tellement que j'en ai fait ma carrière), et voici quelques raisons expliquant pourquoi.


-Avant de commencer, il faut tout-de-même préciser qu'on a tendance à garrocher le terme "addiction" à gauche et à droite. En fait, c'est juste une façon de parler. C'est extrêmement rare de voir quelqu'un qui souffre réellement d'une addiction aux tatouages. Mais reste qu'il y a plusieurs raisons qui font en sorte qu'une fois qu'on a notre premier, c'est difficile en maudit de s'arrêter là!


Plus t'en as, plus le prochain est banal:


Pour quelqu'un qui n'en a aucun, un tatouage c'est une grosse affaire. Mais pour quelqu'un qui en a déjà une trâlée, un tatouage de plus, c'est pratiquement rien. C'est un peu comme une scratch sur un char neuf: la première elle fait mal en maudit. La deuxième, un peu moins. Pi quand l'auto est rendue rouillée avec des graffignes partout, une scratch de plus ou une scratch de moins, ça change absolument rien.



Autrement dit, si on passe de 0% à 5% de surface de son corps tatouée, c'est un changement significatif. Mais si par contre on passe de 25% à 30%, on va avoir peine à remarquer la différence, même si techniquement on a rajouté la même chose.


Plus t'en as, moins t'as l'impression d'en avoir:


C'est un peu le même principe que le point plus haut. Chaque tatouage additionnel donne l'impression qu'individuellement, les autres morceaux qu'on possède prennent de moins en moins de place. Par exemple, c'est assez commun de voir un client s'en faire une couple sur un bras, avant de revenir quelques mois plus tard pour s'en faire sur l'autre bras parce qu'il veut "égaliser" les deux côtés.


Mais tsé, une fois que quelqu'un a des tatouages sur les deux bras, ça fait un peu bizarre d'en avoir nulle part ailleurs, right? Donc on en rajoute un peu sur les jambes, peut-être un dans le dos. Mais là une fois que la personne en a un peu partout, ses trois-quatre tatouage sur les bras ont l'air de rien comparé au reste, alors elle en rajoute juste un ou deux autre sur les bras, et soudainement elle se rend compte qu'elle a l'air de Zombie boy.


C'est un peu comme ce que j'appelle ça le paradoxe des chips pi des pots de salsa. Chaque pot de salsa que t'achètes au dépanneur contient juste un peu trop de salsa pour pouvoir le finir en un seul sac de chips. Par contre, deux sacs de chips comportent beaucoup trop de chips pour un seul pot de salsa! Donc en gros, si quelqu'un veut finir son maudit pot de salsa, il a pas le choix d'acheter des sacs pi des pots à l'infini.



Donc un tatouage sur un bras, un tatouage sur l'autre, un tatouage sur les jambes pour égaliser, un dans le dos, et de fil en aiguille ça en prend de plus en plus. Personnellement, depuis que mon bras gauche s'en vient pas mal plein, c'est plus vraiment les tatouages que je remarque, mais bien les espaces vides. Je vois un morceau de peau avec rien, pi je trouve qu'il manque quelque chose... on dirais que ça fait tout-nu!


Accro aux sensasion fortes:


Oui, se faire tatouer ça fait mal, mais pour certains, cette douleur-là est perçue un peu de la même façon que la douleur qu'on éprouve quand on mange de la bouffe très épicée. Ça fait mal, mais c'est pas nécéssairement désagréable, car le feeling positif associé à la rechere de sensations fortes l'emporte sur la sensation normalement négative de la douleur.


Y'a aussi le fait que quand on se fait tatouer, le corps produit un paquet d'ormones en réponse à la douleur, dont entre autre l'adrénaline, et l'endorphine, qui produit un effet similaire à la morphine.

On éprouve aussi une sorte de fierté, de sentiment d'accomplissement quand on passe au travers d'une grosse session sans broncher. C'est comme si on venait de vivre un rite de passage: si t'es capable de te taper une session de cinq heures, tu sais que t'es fait toff.




Accro à l'expression personnelle:


Que ce soit pour montrer ses convictions, ou simplement modifier l'image qu'on projette, pour la plupart des gens "encrés", les tatouages sont une façon de s'affirmer. Dans cette optique, chaque tatouage qu'on ajoute sur soi permet de s'affirmer une coche plus loin.


J'vois un peu ça comme quelqu'un qui redécore une pièce. Tu re-peintures, t'achètes un nouveau divan, et plus tu change de choses, plus t'as envie de tout changer. Parce que tsé, ton salon, avant de le redécorer, il venait pas vraiment de toi. Il était juste comme ça quand t'as emménagé. Et à chaque fois que tu change quelque chose, tu le rend plus personnel, plus à ton image. Les tatouages c'est un peu pareil. Personellement, chaque tatouage que j'ai devient éventuellement une partie de moi, de la même façon que ma peau "vierge" était une partie de moi avant. La différence, c'est que la partie de moi qui est tatouée, c'est moi qui l'a choisie.


D'une certaine façon, ma peau vierge c'est un peu comme le salon qui était comme ça avant que j'emménage. Techniquement c'est mon salon, mais c'est pas vraiment moi qui l'a choisi.


Certains vont dire que c'est individualiste, voir narcissique, qu'on a tendance à mettre trop d'emphase sur l'apparence. Mais je pense que ce n'est pas parce qu'une personne modifie son apparence que c'est nécéssairement la seule chose qui importe pour elle. Selon moi c'est un package deal. On est des créatures sociales, donc ça fait juste du sens de prêter une certaine attention à l'image qu'on projette aux autres. Et honnêtement, l'individualisme, c'est quoi? C'est le fait de choisir ses propres convictions, son propre mode de vie. De se dire que ce qu'on fait, on le fait parce qu'on en a vraiment envie et non parce que le monde nous a dit de le faire. les tatouages, c'est donc un peu une façon de dire "c'est moi qui décide de quoi j'ai l'air, et personne d'autre" , un moyen de prendre possession de son corps et de son image.


C'est aussi pour ça que beaucoup de tatoueurs ont une certaine animosité face aux styles de tatouages les plus à la mode: c'est un peu comme si la personne disait "ouinnn l'expression personelle c'est l'fun pi toute, mais moi c'est vraiment juste pour avoir l'air cool".




-Et j'dis pas que les tatouages ont absolument besoin d'être originaux, loin de là. Ce qui est important, c'est que ça soit personnel. Et un tatouage à la grosse mode, c'est tout sauf personnel!


Bref:


Le nombre de personnes qui sont littéralement accros aux tatouages est très bas. Mais c'est quand-même surprenant de voir le nombre de personnes qui reviennent pour un deuxième tatouage après avoir dit être bien certains de n'en vouloir qu'un seul.


Une fois qu'on a fait le grand saut, on voit un monde de possibilité qui s'ouvre à nous. Automatiquement, on commence à penser à d'autres idées. Et on réalise que l'expérience de trouver un concept qui nous parle, de chercher et de dénicher une idée qui nous anime, est presque aussi importante que le tatouage en lui-même. Et pour moi c'est ce qui rend la chose aussi intéressante.


Mais au final, la raison principale pourquoi les gens on de la misère à arrêter après le premier tatouage, c'est surtout parce qu'une fois qu'on commence, on se rend compte qu'avoir des oeuvres d'art sur sa beau, c'est juste fucking awesome.

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