• Guillaume Ricard

Le syndrome de l'artise

Updated: Dec 5, 2018


Petite mise en contexte, j'ai eu l'idée d'écrire cet article en lisant un autre article de blogue parlant de l’importance primordiale de la passion dans une société postmoderne dotée d’un système d’éducation ne répondant qu’aux besoins de l’ère industrielle. En gros ça dit que comme le secteur de service commence à dépasser le secteur manufacturier, il faut changer sa façon d’apprendre et la centrer sur les passions et non sur la productivité brute (maudit que j’me sens intello quand je dis des affaires demême).


Alors en lisant ça je me suis demandé: Comment décrire ma passion, mon feeling pour ce que je fais? Comment rendre textuellement mon inéluctable désir de créer quelque chose de plus grand que nature à travers un médium extraordinaire et intemporel? Après mûre réflexion, voici la définition la plus concise que j’ai trouvée pour décrire ma passion: C’est une vraie salope.


Ce qui définit probablement le mieux ma passion pour le tatouage (et pour tout ce que je fais d’ailleurs) s’apelle le “syndrome de l’artiste” (c’est vraiment pas scientifique alors googlez le pas): C’est l’effet montagne russe qui fait que l’artiste est à la fois émerveillé et dégouté par son travail. Pendant que je dessine, j’adore ce que je fais et je pourrais le faire toute ma vie. Je suis hyper fiers de ma création et sens que je suis le freaking maître du monde. Par contre une fois le dessin fini je le trouve laid et aimerais le poignarder parce qu’il est une insulte même à la créativité et une véritable aberration optique. Puis j’ai une idée awesome pour un autre dessin, qui cette fois-ci sera tellement meilleur et différent parce bla blah blah, je me dis que jamais plus je ferai les mêmes erreurs et je recommence à zéro dans un nouveau départ plein d’espoir et de gratitude envers l’univers, et je constate ensuite que j’ai juste remplacé une erreur par une autre qui me donne encore plus envie de poignarder mon travail.




Dit comme ça, ça l’air plate un peu, mais en réalité c’est moins pire que ça en a l’air. Ça crée une relation “amour-haine” avec le tout, un peu comme un addict au crack qui se- mauvais exemple. Disons que c’est comme faire de la musculation dans un gym. On progresse et on en est fiers, mais à chaque fois qu’on pense être au top, un mec qui se pique avec du stock probablement destiné à un cheval passe à côté pour nous rappeler que finalement on est pas si avancé que ça. Mais à force de s’entraîner on en vient à s’ouvrir les yeux sur le fait que le mastodonte sur les stéroides, il ressent la même chose à chaque fois qu'il croise un mastodonte plus gros, et on se rend compte que "le top", il existe pas. Mais contrairement à ce que l’on peut penser, une fois qu’on se rend compte qu’il n’y a pas de top, au lieu d’arrêter de chercher à avancer, on avance encore plus, parce qu’on sait maintenant qu’il n’y a pas de limite au progrès qu’on peut accomplir. On tombe alors dans un cycle qui alterne entre avancer, s’arrêter pour se cogner la tête contre un mur, et avancer de plus belle.


Et même si ça paraît contre-intuitif, l’effet ne s’atténue pas avec l’expérience. En fait plus l’artiste travaille, plus il deviens bon, et plus il est bon, plus il a l’oeil aiguisé pour observer les défauts dans ce qu’il fait. Le syndrome apparait donc quand l’oeil s’aiguise plus vite que la technique de l’artiste. Alors au final, cet effet là a beau être une vrai bitch, moi je trouve que c’est plutôt sain.


Le fait de sans-cesse être déçu de son travail force à s’améliorer constamment. Je suis certainement mon meilleur critique (Habituellement les seules personnes qui voient autant de défauts que moi en regardant mon travail, c’est soi parce qu’ils sont eux-mêmes artistes et tentent de formuler une critique constructive, soi parce c’est des bitch) et même si c’est chiant, c’est une très bonne chose, car le fait de pouvoir s’auto-critiquer de façon sévère est primordial à l’autodidactie; un apprenti a besoin de se faire chier dessus par son mentor pour s’améliorer, il est donc inévitable qu’un autodidacte doive se chier dessus lui-même (figurativement) afin de ne pas être enchevêtré dans une stagnation perpétuelle.


Mais selon moi, ce qui rend si important le fait d’avoir l’oeil plus aiguisé que la technique, ce n’est pas de penser que son travail est moche, mais bien de savoir pourquoi il est moche. Par exemple, je vois une ligne trop saccadée à mon goût? C’est peut-être parce que la courbe dans l’aiguille ne permettait pas de compenser pour la pression du stabilisateur, ce qui a eu pour effet d’éloigner la pointe de la base de l’embout et donc de réduire le flux d’encre, ce qui a eu pour effet de faire une ligne plus pâle, ce qui m’a forcé à passer deux fois, ce qui donne une ligne plus saccadée. Ou c’est encore mon “overhang” qui est trop élevé, ce qui réduit également le flux d’encre. Ou c’est la posture de ma main qui n’est pas assez stable, ce qui a pour effet de créer de légères variations dans la profondeur et l’angle des aiguilles, ce qui au final donne une ligne saccadée. Impossible de se rendre compte de tout ça si je suis satisfait de mon travail à la base.


Et puis de l’autre côté, un artiste ayant l’oeuil moins aiguisé que ses talents verra tout son travail comme impeccable et sera incapable de s’améliorer. Il va avoir une attitude de marde et penser qu’il est meilleur que tout le monde.


Autrement dit, si l’artiste n’es pas atteint du syndrome de l’artiste, alors c’est juste un douchebag qui fait de l’art.  

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