• Guillaume Ricard

Pourchasser des chimères: pourquoi la poursuite de futilités n'est pas toujours une mauvaise chose.

Updated: Dec 3, 2018



L'autre jour je jase avec du monde autours d'une bière, pi je reçois un commentaire qui m'a fait songer:


«Man, t'arrêtes pas de parler de soit tes futurs projets, soit du prochain cossin que tu va t'acheter. Faut que t'apprennes à vivre dans le présent.» suivit de: «C'est des chimères ces choses-là, ça te mènera jamais à rien. Dans la vie c'est pas la destination, c'est le chemin qui est important!» (By the way merci du conseil Gandhi).


P'tite mise en contexte, faut dire que dans la vie, j'suis un gars de même: je carbure à l'appât du gain. Je travaille pi je pense à la gigantesque TV que je veux m'acheter, à une nouvelle machine à tatouer que j'ai spottée sur le net, à un prochain char beaucoup trop puissant pour l'usage plate que j'en ferait (c'est-à-dire aller au gym à deux minutes de chez moi pi aller chercher des pizza-pochettes à l'épicerie) ou encore à des nouveaux meubles de luxe pour mon studio. Je tatoue pi je pense à la brillante carrière que je veux avoir, à l'awesome lifestyle d'artiste que j'aspire obtenir. Mais soudainement je me demande: Est-ce une mauvaise chose de toujours courir après quelque chose, de toujours pourchasser des "chimères"?


La carotte au bout tu bâton


Je pense qu'il faut accepter que du moment où on est conscient de ce que ça implique vraiment, le fait de sans-cesse courir après quelque chose, c'est pas malsain du tout. Oui, on est condamnés à constamment pourchasser l'impossible, parce qu'au moment où on trouve ce qu'on désire, on désire instantanément quelque chose d'autre, quelque chose de nouveau. Mais le fait est que c'est dans la nature même de l'humain de pourchasser l'impossible, de courir après une carotte au bout d'un bâton.


On se fait dire que l'important c'est le chemin et non la destination, et c'est parfaitement fucking vrai. Sauf que si on se sert de ça pour dire “fuck off les objectifs, c'est pas ça qui compte anyway”, on oublie quelque chose d'important: sans la destination, le chemin perd toute son importance. Prennez par exemple un funambule. Un funambule, ça marche pas dans le vide, mais bien sur un câble (duhh, no shit Sherlock), mais sans le vide, le câble perd toute sa pertinence; sans le vide, le funambule est juste un drôle de lunatique qui se promène dans la rue avec une perche. Pas très très impressionnant. Et là vous allez dire “Mais oui mais Guillaume, la destination du funambule c'est pas le vide, c'est l'autre boutte du câble maudit cave!”, sauf que le dicton qui fait allusion à un chemin et une destination, il parle en réalité d'un moyen pour arriver à une fin. Et dans le cas du funambule, le moyen (marcher sur le fil) est plus important que la fin (marcher dans le vide), mais c'est quand-même la fin qui donne de l'importance au moyen. Donc sans le vide, le câble sert à fuckall rien. Vous me suivez?


En gros ce que j'veux dire, c'est que même si le chemin pour se rendre à un objectif est le plus important, si on perd l'objectif de vue, le chemin perd aussi tout son sens, et c'est pour cette raison que l'objectif est indispensable même si on sait qu'il est impossible à atteindre. C'est vrai, ça peut être démoralisant de savoir qu'on va jamais attraper la maudite carotte au bout du bâton. Mais je pense qu'on devrait plutôt être content d'avoir une carotte pour nous donner une bonne raison de courir, d'aller de l'avant. Quand on accepte qu'on arrivera jamais à obtenir tout ce qu'on veut, soit on abandonne, soit on se dit que d'essayer quand-même, ça peut juste être le fun.


Un cycle sans fin


Donc quand je pense à une carrière, à un nouveau char, une grosse TV, des meubles ou du nouvel équipement de tatouage, je pense pas que c'est ça qui va me rendre heureux. Non, ce qui me rend heureux, c'est d'avoir toujours une raison pour regarder vers l'avant.


Si un jour je me lève le matin en me disant «Ouais, j'ai toute fini ce que j'avais à faire, genre EVER», et bien je vais probablement être fucking vieux. Comme je vais être retraité, je vais m'inscrire dans une ligue de pétanque (évidemment), pi je vais me donner pour mission de te rocker tous les joueurs d'la place en devenant un véritable kung-fu master de la pétanque (et si je fais de l'arthrite, je jouerai aux poches à la place, maudit), et une fois de plus, je vais avoir un nouvel objectif de vie. Tadaa!


Bref, tsé la foi où quelqu'un te fait une remarque insignifiante dans un bar pi que tu lui répond dans ta tête cinq heures plus tard pendant que tu prend ta douche juste avant d'aller te coucher? Bein c'est ça!

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