• Guillaume Ricard

Apprendre à dessiner: les étapes d'un dessin

Updated: Nov 15, 2018

Je dessine depuis aussi longtemps que je puisse me souvenir. Quand j'étais un petit morveux, je passais mon temps dans des cahiers à colorier. Au primaire, j'avais un gros livre du genre national geographic avec plein de photos d'animaux, et je m'amusais à essayer de copier les images que j'aimais. Puis un jour, je me suis rendu compte qu'à force de reproduire la même chose over and over, on en vient qu'à être capable de dessiner des choses par coeur, juste en regardant les images qui flottent dans notre tête (drogue non-incluse).


C'est vraiment juste à partir de ce moment là qu'à un niveau artistique, on peut finalement créer quelque chose de nouveau; comme on a assimilé l'anatomie d'un sujet, qu'on en comprend l'essence, on est maintenant capable de le modifier à notre guise, de se servir de notre mémoire comme d'un casse-tête qu'on vient ré-arranger pour créer quelque chose de différent. Donc en gros, si je dessine par exemple un chien, en réalité je vais simplement recoller des morceaux de chiens déjà existants dans ma tête. Un peu comme un chien de Frankenstein. Un Frankenchien.




Au diable le talent


C'est pour ça que quand quelqu'un me regarde dessiner et me dit que j'ai du talent, j'ai toujours une partie de moi qui a envie de dire que c'est faux: c'est tu vraiment du talent si ça m'a pris mille heures me rendre là? Prennez n'importe qui de vraiment poche en dessin, forcez-le à dessiner pendant mille heures et je vous garantie qu'après, s'il est pas rendu bon en maudit, il va au moins être pas pire pantoute. (Il va probablement aussi être fâché de s'être fait attacher de force sur une chaise pendant six semaines, mais bon il faut ce qui faut!)


En gros, le talent, ça ne dicte pas tant si on est bon ou non. Ça change juste le temps que ça prend avant de s'y rendre. Quand quelqu'un me dit "maudit que j'aimerais ça être bon en dessin", en réalité, c'est pas vrai pantoute. Il aimerait pas vraiment être bon en dessin, mais bien juste que d'être bon en dessin, ça soit facile. Parce que d'être bon là dedans, ça implique des centaines d'heures de répétition, de perfectionnement pi de gossage par essai et erreur. On gribouille, on vire méga concentré, puis on se rend compte après une heure que c'est vraiment laitte. On efface, on chiffone, on garroche ça au bout de nos bras, pi on recommence. Rinse and repeat. C'est pourquoi si vous voulez vraiment apprendre à dessiner mais que vous pensez avoir l'équivalent du talent en dessin d'une tinque à eau chaude, découragez-vous pas, parce c'est vraiment juste une question de temps. (Pi si vous voulez pas apprendre, c'est pas grave. C'est quand-même fucking long, pi on s'entend, à moins d'être payé pour le faire, ça sert pas à grand chose.)


Pour vous montrer que c'est vraiment pas sorcier, voici un petit résumé sur le procédé que j'utilise pour réaliser la plupart de mes dessins. Dans le cas présent, j'utilise comme exemple un crâne néo-traditionnel que j'ai récemment terminé.


Quels crayons prendre pour dessiner?


Avant de commencer, il faut savoir que les crayon au graphite (crayons de plomb) ne sont pas tous pareils. Ils sont classés sur l'échelle HB, qui détermine la dureté des mines. Une mine plus dure va procurer plus de précision avec un trait hyper fin, alors qu'une mine plus tendre permet un plus haut contraste avec des traits fucking plus foncés.



Inutile de dire qu'un dessin fait entièrement au crayon HB (celui qu'on prend à l'école), ça crain. Le fait de n'utiliser qu'un seul crayon ne permet pas d'obtenir de très bons contrastes, en plus de ne pas permettre un aussi bon rendu au niveau des dégradés et des détails plus fins.


Par contre, si vous voulez vous lancer dans le dessin, inutile d'acheter toutes les mines, puisqu'au final vous n'allez vous servir que de quelques unes d'entre elles. J'utilise personnellement des crayons 4h, 2b et 7b. Ceci étant dit, chaque personne étant un unique petit flocon de neige, chacun développe habituellement ses propres préférences avec le temps.


Brouillon


Avec un crayon 4h, je commence par faire une petite esquisse vraiment laitte en version miniature pour me donner une idée générale du placement des différents éléments du dessin. Dans le cas présent, on vois s'élaborer le concept d'un crâne de chef indien.



Comme on peut le voir, c'est vraiment basique et ça pas du tout besoin d'être détaillé. Ensuite, toujours avec un crayon 4h, je prend l'esquisse vraiment laitte, et j'en fais une version grandeur réelle (qui est toute aussi laitte). Je fais des grands traits et je n'essaie pas d'y aller de façon exacte, parce que le but est simplement de délimiter les différentes zones du dessin. De plus, comme ce dessin-là est prévu pour un tatouage qui se trouve sur des côtes, je me suis assuré que les grandes lignes suivent la forme générale du corps. Si le tatouage avait été par exemple sur une cuisse, j'aurais probablement opté pour une vue de face au lieu d'une vue de biais. Si le tatouage avait été sur une épaule, une vue de profil aurait été préférable.



Petit à petit, je rajoute de plus en plus de détails. Je fais aussi attention de ne pas mettre beaucoup de pression sur le crayon, parce que la quasi-totalité des lignes que je fais présentement vont être effacées plus tard, et on veut pas se retrouver avec un dessin plein de traits tout croche dedans. Aussi. si vous trouvez que votre dessin a l'air de fuckall à ce niveau là, découragez-vous pas, parce qu'encore une fois, le but est simplement de délimiter les zones et de placer tous les éléments.



Dans l'fond, le secret du dessin, c'est pas tant d'être bon, c'est juste d'avoir assez la tête dure pour refuser d'arrêter de dessiner tant que c'est pas encore beau.


Raffinage


Une fois les formes de base du dessin terminées, j'efface les lignes qui ont pas d'affaire-là, et je retrace les lignes principales du dessin avec un crayon un peu plus foncé (2b). C'est à cette étape que c'est sensé commencer à avoir l'air de quelque chose et non d'un gribouilli de votre petite cousine de neuf ans.



Une fois les lignes tracées, je retrace certains éléments avec le crayon 7b. La différence dans l'épaisseur des lignes permet d'obtenir une meilleure visibilité en plus de mettre l'emphase sur les objets désirés.



Peaufinage


Une fois les lignes terminées, la prochaine étape est de commencer à appliquer les valeurs d'ombres et de lumières au dessin. C'est le contraste clair-obscur qui va lui donner une bonne impression de profondeur. Dans le cas présent, les zones en profondeur sont plus foncées et les zones en avant-plan sont plus pâles. La même règle s'applique habituellement à la couleur; les zones en avant-plan sont normalement plus saturées que les zones d'arrière-plan.

L'important au début, c'est d'y aller de la façon la plus graduelle possible. On commence pâle, on termine foncé. De cette façon, c'est plus difficile de faire une grosse niaiserie qu'on est incapable d'effacer.





Propre


Une fois les ombrages appliqués sur tout le dessin, je repasse encore à quelques endroits afin d'aller chercher un contraste encore plus prononcé. Je viens aussi repasser sur quelques lignes afin d'améliorer la lisibilité. Après avoir terminé les contrastes, j'ajoute de la couleur à des endroits stratégiques pour faire ressortir les éléments que je veux. Dans le cas présent, j'ai simplement ajouté la couleur par photoshop afin d'avoir une idée du résultat avant de commencer à tatouer.





Bref


Au final, c'est vraiment pas sorcier. Le processus prend beaucoup de patience, mais au final j'pense que c'est relativement simple. L'important, c'est vraiment juste d'avoir un bon plan, une bonne dose de persistence, et de continuer à travailler tant qu'on n'obtient pas le résultat voulu.


That's it!

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