• Guillaume Ricard

Comment utiliser l'échec pour se motiver

Updated: Dec 4, 2018



Quand j'ai décidé que dans la vie je voulais devenir tatoueur badass professionnel, le fait d'investir tout mon fric dans l'achat d'équipement a été une grande source de motivation. Pas parce que ça a satisfait mon petit côté shopaholic compulsif, mais bien parce que ça voulait basiquement dire que j'atteignais un point de non-retour dans ma démarche: tout l'argent que j'aurais autrement utilisé pour aller à l'université (et devenir "intelligent") s'est retrouvé dans la création d'un studio full equip, ce qui a eu pour effet de m'éloigner très rapidement de toute idée de plan B que j'avais en tête. Soit je devenais tatoueur, soit je me cassais la gueule solide. Autrement dit, quand on a pas de plan B, on travaille en sacrament!


J'ai appris plus tard que cette démarche avait un nom, et vous devinerez que j'étais donc très déçu d'apprendre que je n'avais rien inventé du tout. Cette démarche s'appelle brûler ses vaisseaux. En gros, le terme désigne le fait de se couper toute avenue de retraite afin de n'avoir aucune autre option et rien d'autre en tête que la victoire (en gros: succeed or die trying). Le terme serait originaire des grecs, qui après être arrivés par la mer sur des terres hostiles, décidaient parfois de couler leurs navires afin de motiver les troupes.


-What the fuck couler un bateau pour motiver des troupes, que vous pensez?


Et bien quand la retraite est une option possible, on a tendance à constamment ré-évaluer nos chances, et on a tendance à se dire que ça serait peut-être plus simple de juste abadonner au lieu de continuer jusqu'au bout. Parce qu'on va se l'avouer, à peu près tout le monde choisirait de courir deux-cents kilomètres vers sa maison plutôt que de courir le risque de se manger un coup de glaive dans la jugulaire. Mais en brûlant les navires, les soldats grecs ne pouvaient même pas songer à abandoner le combat; c'était la victoire ou la mort. De cette manière, l'idée de rentrer à la maison n'occupait même plus les pensées des soldats, ce qui leur permettait d'être parfaitement concentrés sur le fait de remplacer le coup de glaive dans leur jugulaire pour un bon coup de lance dans la geule de leur adversaire.


-C'est ben beau tout ça, mais j'suis pas un maudit soldat grec, je vous entends déjà dire!


Et ben non, t'es pas un soldat grec. Mais à défaut d'avoir participé à la création d'une puissante civilisation démocratique (et utlimement à l'invention de la salade au fromage feta), tout le monde aspire à quelque chose. Que ce soit pour les études, la vie personnelle, le travail ou encore du pelletage de nuage, on a tous un plan dans notre tête, un chemin qu'on se désigne dans le but d'atteindre un objectif, (sinon j'ai l'immense regret de t'annoncer que tu va finir éboueur ou caissier au mc'do. Mais bon t'en fais pas, comme on dit, "ya pas de sot métier"! Hehehe) et suivre ce chemin-là n'est pas toujours super facile. C'est là que brûler ses vaisseaux peut être motivant.


 Dire non au plan B


Soyons honnête, le sentiment de sécurité créé par les plans B est trop souvent la cause de multiples échecs. Combien de personnes abandonnent des cours de cégep ou d'université à la dernière minute pour faire un autre cours qui revient pratiquement à la même chose, simplement parce que le plan initial devient pas mal plus raide qu'ils s'imaginaient? Combien de personnes mettent fin à une relation de couple parce qu'ils se font croire à tort qu'il vont trouver mieux ailleurs? Dans presque tous les chemins qu'on peut entreprendre vers un objectif se trouve un moment où tout semble juste vraiment trop toff.


Évidemment, quand quelque chose nous semble insurmontable, c'est naturel de regarder l'option B et de se dire "wow, l'option B est bien plus facile!", mais la vérité, c'est qu'on regarde habituellement que la première portion de l'option B, la portion facile, celle qu'on se fait montrer dans une journée porte-ouverte au Cegep avant de se rendre compte huit mois plus tard que le programme d'art plastiques, c'est actuellement fucking plate. Mais en réalité, l'option B est pas plus facile. C'est juste l'herbe qui semble toujours plus verte ailleurs, une foutue belle illusion. Mais quand on est pris en sandwich entre la réussite et l'échec total, l'instinct de conservation embarque, et au lieu d'essayer de nous faire économiser notre énergie, notre cerveau nous pousse à ne rien garder en réserve. La peur qui auparavant nous empêchait d'avancer nous pousse maintenant à courrir de toutes nos forces, à enfoncer notre lance bien profond dans la tronche de l'adversité. La petite voix dans notre tête qui nous disait "Lâche prise, tu va voir tout va être plus facile!" dit maintenant "Holy shit faut surtout pas que tu lâches!".


Okay c'est bien beau tout ça, mais en pratique, comment on fait pour se débarasser de son plan B? Soyez sans crainte, pas besoin de mettre le feu à votre moyen de transport ou autre bateau métaphorique quelconque. En fait le principe est simplement d'investir le plus possible dans le plan A au lieu de parsemer nos efforts un peu partout. Un dude à l'université pourrait par exemple trouver un travail étudiant déjà lié à son domaine d'étude, ou encore centrer d'avantage son mindset sur ce dernier. Un entrepreneur qui veut commencer une business va être beaucoup plus productif s'il prend le risque de ne pas avoir d'emploi secondaire. La règle générale est que plus on investit de temps et d'énergie dans ce qu'on fait, plus on augmente la mise et donc la peur de perdre quelque chose si on abandonne.


"Every person who wins in any undertaking must be willing to cut all sources of retreat. Only by doing so can one be sure of maintaining that state of mind known as a burning desire to win – essential to success." -Napoleon Hill


Risk vs reward


Au final, l'important ce n'est pas nécéssairement de se couper à 100% de toute possibilité de changement de cap. Le fait de sacrer son plan B à la poubelle tient en grande partie de l'effet de risque versus rendement: pour que le risque en vaille le coup, il faut être capable d'évaluer ce qu'on peut en retirer. Autrement dit, brûler ses vaisseaux, c'est utile quand on est vraiment certain de ce que l'on veut. Et même si en me lançant dans le tatouage j'ai balancé l'argent de mes potentielles études dans l'achat d'équipement, j'ai quand-même fini mes cours de Cegep au lieu de m'assurer d'être barré de l'université jusqu'à la fin des temps, et à ce que je sache, les soldats grecs savaient nager.


Le truc, c'est de s'éloigner du plan B juste assez pour que durant les moments difficiles, l'option d'abandoner soit simplement encore plus moche que celle de continuer alors que le boeuf chie à côté de la pelle. Juste assez pour que la peur de l'abandon outrepasse la peur de l'échec. De cette façon, la peur devient un puissant motivateur.


Alors arrêtez de vous en faire pour un plan B. Faites-vous en juste un peu plus pour votre plan A.

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